Rëquiëm n°2 – nouvelle dose de presse hard


Si t’aimais le hard en France, t’étais considéré comme un demeuré.
– Philippe Lageat (Rock Hard), cité par Grégory Vieau dans Une histoire de la presse rock en France (Le mot et le reste, 2021)

“Never say never” comme l’époumonne Bobby Blitz du groupe Overkill en 1988. « Ne jamais dire jamais » : l’éditorial du deuxième numéro du fanzine Rëquiëm s’ouvre sur cette sentence justificative – car Rëquiëm avait été pensé à l’origine comme un “one shot” destiné à présenter « une histoire des années Enfer magazine (1983-1987) ».

Succès oblige (des centaines d’exemplaires diffusés), Sixtine Audebert poursuit l’aventure et exhume de nouveaux entretiens qu’elle avait réalisés dans le cadre de ses recherches universitaires sur la presse destinée à la jeunesse. La co-direction de ce nouveau volume est assurée par Sam Guillerand. On reconnaît sa patte et sa mise en page, qui pourra faire penser à ses compendiums Everyday Is Like Sunday (oui, il y a des crânes).


Rëquiëm poursuit son entreprise de fixation sur le papier d’une histoire orale de la presse hard et heavy de la France des années 80 et 90, en allant à la rencontre des vétérans de titres tels que Metal Attack, Hard  Rock Magazine, Hard Force, Metal Hammer, R.A.G.E., etc. Les chapitres prennent la forme de véritables portraits, avec une indéniable volonté de s’éloigner de « l’esprit naïf et ludique du premier numéro ».

Bien sûr, les anecdotes hautes en couleur ne manquent pas : le patron de Best qui « pouvait aller jusqu’à jouer aux dés les piges de certains journalistes crédules », tel journaliste de Hard Rock Magazine qui apprend qu’il a été viré du journal de la bouche même de Lars Ulrich le jour d’un concert de Metallica à Vincennes, le propriétaire européen de Metal Hammer qui s’inscrit dans la grande ligne des magnats de la presse largement margoulins de l’époque (“devant les assauts du fisc et des flics, il a fini par fuir en Amérique latine”), etc.

« Fanzinesque » dans l’apparence, ce volume de Rëquiëm est en fait très proche d’un livre (“presque un petit bouquin”, confirme Sixtine), et, sur plus de 200 pages, restitue la mémoire d’un temps révolu. Les témoins évoquent l’ambiance dans les rédactions, reviennent sur leur conception du métier de critique (« un exercice militant » pour Hervé Picart de Best dans les années 70) ou de photographe et analysent l’évolution de la musique et de son industrie. Bon nombre de ces professionnels ont vécu différentes expériences parallèles dans des domaines voisins : radio, télévision, management, marketing, promotion, organisation de concerts ou même DJ.

Et si on n’échappe pas à l’album souvenir des journalistes photographiés avec les stars de Motörhead, Scorpions, Anthrax ou Aerosmith, on ne tombe pas dans la romantisation ou l’idéalisation rétrospective. Les difficultés du métier sont pointées du doigt, ainsi que les tensions propres au milieu – “on y croise quand même pas mal de gens insupportables, qui se comportent comme des merdes, beaucoup d’hypocrisie et de relents carriéristes toxiques, sans parler des abus en tous genres (alcool, dope et modes de vie souvent désordonnés) auxquels il est facile de succomber”, n’épargne pas l’ancienne rédac chef Frédérique Burlet.

Le temps faisant son oeuvre, une bonne partie des intervenants ont pu prendre leurs distances avec le “sujet hard rock”, comme l’ancien pigiste de Metal Attack pour qui le “dernier coup de coeur dans ce style musical a été le double album des Guns N’Roses en 1991”. Une des confessions les plus hallucinantes est celle de Nelly Saupiquet (dont je lisais avec dévotion les reportages publiés dans Hard Rock Magazine, dans le huis clos de ma chambre d’ado). Un matin illuminé, partage-t-elle dans un sourire de joie et de soulagement, elle a rencontré Jésus : “chaque jour, je prie un peu, pour tous mes amis hard rockers et mes anciens journalistes qui sont morts”.  Requiem æternam, Domine, et lux perpetua.


Pour se procurer Rëquiëm, on peut contacter directement Sixtine Audebert sur son profil Facebook. Elle fait les envois en personne, dans la grande tradition du fanzinat authentique.


Quelques exemplaires sont aussi distribués par mon label Metro Beach, par correspondance ou aux stands.

PS : à se procurer également, en kiosques (8,90 €) : Rock Hard n°249 (janvier 2024), avec un dossier « 1983-1987 Les années Enfer Magazine, au coeur de la rédaction du pionnier de la presse metal française »

Thor en 1984. Une photographie de Joseph Carlucci (postée sur la page Facebook de l’agence Dalle) utilisée par Rock Hard pour son dossier sur Les années Enfer Magazine.

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