Il mourra sans avoir rendu tous les coups


Je lisais Fabien (alias “Fafa”) Thévenot quand il éditait des fanzines (d’ailleurs très cools et originaux) dans les 90’s. Alors qu’il écrit et publie aujourd’hui de la poésie, il m’indique, facétieux, avoir la prétention de vouloir passer des fanzinothèques aux bibliothèques.

Il se présente ainsi sur son site : « Fabien Thévenot vit à Lyon.
Éditeur, ouvrier, musicien, journaliste culturel à ses heures,
seule la pratique de la poésie lui manquait pour achever son suicide social. »

Son recueil Je mourrai sans avoir rendu tous les coups est édité par sa propre petite maison d’édition Le Feu Sacré, dans une collection qui s’intitule Menace Mineure, en référence à Minor Threat (cf. p.75, Saint Ian choisi comme potentiel protecteur devant l’autel du Do It Yourself).


Le livre est élégant et la typo choisie pour la couverture me semble être de la famille Bodoni : Nirvana, Calvin Klein, Armani, magazine Elle, etc.

Écrivant “sous la dictée d’une force supérieure”, Fabien observe et consigne son ressenti, exactement comme on pourrait le faire dans ses carnets, mais la forme est celle de haikus hardcore et de tournures en vers libres dans lesquelles il encapsule ses aphorismes. Il a choisi la poésie là où d’autres auraient opté pour la nouvelle. La poésie comme technique de condensation du réel, de percolation de la somme des expériences vécues, des lectures assimilées et des idées eues.

Le poète prend des notes, et il prend aussi quelques revanches sur les frustrations de la vie, façon règlement de comptes, voire une ou deux revanches sur des amours peu claires du passé (et de toute façon, depuis le temps, envolées). Ses valeurs sacrées : la solitude, le silence et la marche. “La compagnie des hommes”, on le pige vite, n’est pas trop son truc. Tellement sensible aux sons du monde, l’auteur ne peut qu’en avoir une perception qui prend la forme d’une cacophonie.

Il en sourd cette mélancolie teintée d’ironie propre aux condamnés à mort d’être nés (“tu lis pour te divertir / moi pour trouver / de bonnes raisons / de ne pas me foutre en l’air”), une obsession pour la vacuité de l’existence – et pour le caractère déterminant de ce que l’on appelle couramment “les choix de vie”.

Et, “en des temps où les stades portent des noms de mutuelle”, il est bon de lire le bon crew aimant citer Luis Buñuel, Nicolas Bouvier ou Gérard Manset.

Enfin, je note, page 47, que Fabien a eu la vision du storyboard de Nosferatu avant même le tournage du film de Robert Eggers : “l’antéchrist / maintenant / je / sais / que c’est / Lily-Rose Depp”.


Fabien Thévenot, Je mourrai sans avoir rendu tous les coups
Carnet de poésie
13 €
Le Feu Sacré


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