Plan flexible et plancher de liège au CAPC

Il y a quelques temps, à une amie en visite à New-York et me demandant quoi checker à proximité de son Airbnb, j’avais conseillé un saut au New Museum pour voir l’expo Leonor Antunes.

Bon, c’était sans doute histoire de checker le musée en lui-même plus qu’autre chose.

C’est marrant, car le New Museum accueille Jim Shaw en ce moment, or Jim Shaw a été un des artistes majeurs à s’emparer de l’espace de la grande nef du CAPC ces dernières années (avec succès d’ailleurs), et c’est justement la mission qui a été confiée à Leonor Antunes. Pour une artiste qui travaille sur les notions d’espace, de cloisonnement/décloisonnement, de proportion etc. je suppose que ça doit être du pain bénit de se voir confier un tel lieu (plutôt que, je ne sais pas, au hasard, la Tinbox).

Saluons au passage que cette invitation ait été lancée à une femme, et non pas à un énième daron, au nom de la lutte contre la phallocratie.

En revanche, en ce qui concerne la proposition livrée, comme dirait Christo, je n’ai pas trop été emballé. Je ne suis pas le Trip Advisor des expos à checker, mais je ne suis pas sûr d’aligner un maximum d’yeux de hiboux verts au moment de conseiller la visite payante.

« Les interventions spatiales de Leonor Antunes s’inscrivent dans une démarche singulière s’appuyant sur des dispositifs permettant de générer, par leur seule présence, de nouvelles relations entre l’oeuvre et l’architecture », ai-je lu dans la note d’intention, sans vraiment piger de quoi il est question ? Des trois paravents ? De la corde qui supporte le grand rideaux aux mailles dorées ?

 Une visite à réserver sans doute aux premiers de la classe que les parents avaient obligés à prendre l’option post-minimalisme pour twister la carte scolaire.

Le lieu est, je cite encore, « mis en tension ». Et comment s’opère cette mise en tension ? Réponse : « par une conversion subtile de l’environnement, donnant une visibilité aux énergies en mouvement dans l’espace ».

 Tu te vois rencontrer une meuf sur Tinder, filer rencard au vernissage, et l’entendre te dire, qu’à son goût, la conversion subtile de l’environnement donne une visibilité aux énergies en mouvement dans l’espace ? Tu dois pas regretter ton Super Like. Qui donc serait une telle fille ? Une étudiante lisboète en master de médiation culturelle en plein semestre Erasmus, présentement aux prises avec une grosse envie de réviser son vocabulaire ? Une intrigante pour un poste de pigiste pour les pages expo du journal Junkpage ? Ou juste une hédoniste a priori à la cool mais qui aurait trop picolé du Château Haut-Bailly, et pour qui l’heure aurait sonné de se diriger vers la station de tramway ?

Pour convertir avec subtilité l’environnement, l’artiste Leonor Antunes, qui est portugaise (même si elle vit à Berlin, comme tout le monde), a exprimé à fond son tropisme patriotique :

1 – La totalité du sol du CAPC est recouvert d’un parquet de liège, spécialité emblématique de l’économie portugaise (76% de la production mondiale de liège provient de la péninsule ibérique, peut-on lire dans un dossier de la revue Forêt Méditerranéenne)

2 – Le filet qui « accueille » le visiteur juste après le passage des caisses a été fabriqué par un pêcheur de Lisbonne.

FILET CAPC

Enfin, deux réalisations à saluer :

1 – Les luminaires, qui cassent l’immensité du lieu. On a envie de s’allonger dessous pour y lire son bouquin (ce qui serait tout à fait possible car, en plus d’être agréable au toucher, le liège est un excellent isolant thermique), mais il y a des chances qu’on se fasse engueuler par le personnel de surveillance de la ville de Bordeaux.

2 – Les petites tables (tabourets ?) en forme de nuages. Ça donne plutôt envie de les utiliser pour y faire un pic-nic, mais, là, je suppose que le personnel de surveillance de la ville de Bordeaux pète carrément un gros boulon.

L’expo s’intitule « le plan flexible » et est à voir au CAPC jusqu’au 17 avril 2016. L’accès au CAPC coûte 3,50 € ou 6,50 €, selon votre statut social. C’est gratuit, notamment, pour les bénéficiaires des minima sociaux et pour les moins de 18 ans (qui ne seront donc pas sur Tinder, en principe).

Informations pratiques : www.capc-bordeaux.fr/capcPS : j’ai fait une fausse manip et j’ai effacé toutes mes photos de mon iPhone avant la mise en ligne de ce post, oups. Alors voici une photo que je viens de voler (emprunter, disons) aux très estimables confrères de Rue89Bordeaux :

Leonor_Antunes-Rue89

En plus de la photo, j’ai aussi volé/emprunté une expression à Walid de Rue89 – elle figure, dissimulée, dans le corps de l’article.

J’ai pécho les autres photos sur Instagram, façon street thug.

Bonus :
Ici le lien vers un petit focus que j’ai fait pour le compte de l’agenda culturel BDXC >> https://www.bdxc.fr/agenda/evenement/562/leonor-antunes-le-plan-flexible

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