58 RUE DU MIRAIL BDX

J’ai eu le plaisir de publier un article sur la story Zoobizarre > Plug > Heretic > Void dans le journal Junkpage numéro 30 (janvier 2016).

JUNKPAGE-LECTURE VOID

Pour mes correspondants n’habitant pas sur l’agglo bordelaise, ou ne fréquentant pas la voiture bar du TGV Paris-Hendaye, et ne pouvant donc se procurer Junkpage, voici ci-dessous de quoi il en retourne. Pour les autres, je ne saurais que trop vous encourager à lire et faire lire le journal Junkpage (il est gratuit et largement distribué), et à fréquenter ses annonceurs, par exemple en allant faire les soldes chez Ligne Roset à Mérignac.


UNDERGROUND DE PROXIMITE

Un bar tout en longueur, puis c’est l’underground au sens propre : une volée de marches menant dans une salle au sous-sol. Le 58 rue du Mirail à Bordeaux a été l’adresse du Zoobizarre, puis du Plug, puis de l’Heretic Club, qui a baissé sa grille définitivement après dix ans d’activisme. Le Void reprend le flambeau. Inauguration ce jeudi 14 janvier.

Par Guillaume Gwardeath



En 1997, deux adresses emblématiques des nuits bordelaises underground ferment leurs portes : le Blueberry et le Grand Phylloxera. Alex Auché investit alors le 58 rue du Mirail, local que venait de libérer un commerce d’instruments de pesage, avec la ferme intention de remplir ce vide en montant un lieu associatif nocturne, démarche pionnière en ville pour l’époque.

« On était plusieurs dans l’équipe : Icha, Jean Nipon , Valérie Sury… Tous débutants dans la gestion d’une salle de concert , mais bien motivés » se souvient Alex, aujourd’hui agent artistique à Montréal.

Guitariste dans le groupe Skullduggery, Alex avait été marqué par des lieux découverts en tournée, « comme le PezNer à Lyon ou le Magasin 4 à Bruxelles, différents de ceux que nous avions à Bordeaux ».

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Plutôt que simple « salle de concert », le Zoobizarre avait opté pour l’appellation de « cabaret expérimental » : « Il y a eu dès le départ des performances, des expos, des projections… et même un mariage pour te dire ! » raconte Alex , « le leitmotiv était la culture underground sous toutes ses formes, avec une sélection plutôt pointue ».

JaniqueSW

De fait, le « Zoobi » voit passer du beau monde : le scandaleux performeur Jean-Louis Costes ,The Hives un dimanche soir, Bertrand Burgala, The Ex, la première soirée Ed Banger en dehors de Paris, Amon Tobin qui font péter la sono, Animal Collective, Antipop Consortium (« ils ont enregistré le bruit de notre compteur d’eau pour leur album »), Le Dernier Cri, Peaches… Gonzales, dans Les Inrockuptibles, cite le Zoobizarre comme étant sa salle préférée en France.

ZOOBIZARRE-HOOLIGAN

Après l’échec d’une tentative d’extension (dans les locaux voisins de l’ancien DoRéMi, rue des Augustins), Alex fait le choix d’arrêter «  tant que nous étions encore au top » et propose au collectif 80’s Suck, gros organisateurs de soirées électro dans les murs du Zoobi, de prendre le relais, fin 2004. 

Catherine Lachiaile Madrelle, programmatrice et cheftaine organisatrice, se souvient : « Viscéralement attachés à ce lieu, on s’est décidés en moins de quinze minutes ! ».

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Le bail change de mains, le lieu est rebaptisé « Le Plug », mais le mode associatif reste la règle, avec comme équipe Ronan Aubert, un ex du Zoobizarre, à la production, Floriane Valadon à la communication et le DJ Romain Jauzas à la direction. La ligne perdure : « Le but était de diffuser des musiques émergentes et de donner des solutions alternatives à la diffusion des nouveaux courants artistiques.

En plus d’organiser des concerts, le Plug a mis en place des expositions de peinture, photo et développé une véritable politique de collaboration avec le tissu associatif bordelais. La salle était à disposition à des prix attractifs pour toutes associations désireuse d’organiser des concerts. » Le Plug fait jouer Gold Chains, le Club des Loosers, Miss Noriko, Justice, Vive la Fête, David Caretta, Eedio et l’indéboulonnable Jean-Louis Costes !

SLIP - EL

Après une saison, l’équipe doit se résoudre à passer la main à son tour, faute de financements : « Le projet n’était pas viable, avec des artistes qui étaient trop cher pour une première année », conclut Catherine de 80’s Suck.

Le temps de quelques travaux, et celui nécessaire pour convaincre l’agence immobilière, un nouveau drapeau se met à flotter au 58 rue du Mirail, à partir de janvier 2006. C’est un drapeau noir, frappé de l’as de pique. Celui de l’Heretic Club.

heretic - wall paint

En guise de profession de foi, les nouveaux occupants citent le dictionnaire : «  Hérétique : adj. et n. >>>Qui soutient une/des idée(s) jugée(s) contraire aux conceptions et aux idées généralement admises ». L’ouverture d’un lieu de diffusion était comme un aboutissement pour ces activistes du collectif Rock Your Life, pour eux qui avaient déjà décliné leurs idéaux militants et autogestionnaires en créant un label, un fanzine et un service de van de tournée.

Plus d’un Bordelais conservera plus d’un souvenir agité de ses nuits hérétiques. La liste des groupes qui y firent vrombir leurs amplis est un véritable tableau d’honneur de la sous-culture indé radicale, de Craw à Black Breath, de Keelhaul à Daikaiju, de Wolves In The Throne Room à Lightning Bolt !

DEJAMORT15

Conformément à leur positionnement social encagoulé, le crew – Hugues, Dimitri, Dious, Mat , Angèle et autres camarades – paie volontiers sa dernière bière au comptoir, mais d’une voix collective rappelle sa ligne de conduite : « Etant donné qu’on ne s’est jamais considérés comme faisant partie du « paysage culturel » bordelais, on ne voit vraiment pas l’intérêt d’expliquer nos tenants et aboutissants dans un magazine culturel ». Point final.

L’Heretic meurt comme il a vécu, sans jamais avoir été « un commerce ou une boîte de nuit ». Rien ne s’est fait pour l’argent (« les membres du crew qui ont taffé au bar, aux entrées, à la prog, à la promo ou à la porte font partie des huit millions de Français qui se situent au-dessous du seuil de pauvreté »), mais «  pour créer un espace un peu plus libre, pour faire vivre des scènes indépendantes et des réseaux alternatifs ».

DANCEFLOOR

Usés par ce sacerdoce, les hérétiques annoncent à l’équipe élargie, fin 2015 : « On arrête ». Pierre-Antoine et Boubi, deux des jeunes membres actifs investis dans la vie du lieu racontent que dès la réunion qui a suivi « la décision a été prise à l’unanimité : remonter une équipe avec ceux qui voulaient continuer. »

« C’est une question de cycle », développe Pierre-Antoine, « toutes les bonnes choses ont une fin. On reste dans la continuité, mais sans doute avec une vision qui nous est propre. » Une chose est certaine : « On restera dans les thématiques du DIY : l’antispécisme, l’antiracisme, l’antihomophobie… Tous les « anti » qui constituent notre belle scène ! C’est important de ne pas tomber dans la consommation pure. J’estime toujours qu’on ne vient pas dans un lieu dans le nôtre comme on irait en boîte de nuit ».

VOID VENUE FOH

Le lieu a été rebaptisé le « Void », du nom d’un groupe majeur du punk hardcore américain des années 80. Punk, mais aussi metal, musiques électroniques, hip hop et consorts vont continuer à s’exprimer dans le sous-sol, tant que ce type de lieu ne sera pas dans le viseur des pouvoirs publics.

« D’un côté, oui, ils pourraient tout fermer dans le cadre du nettoyage par le vide du centre-ville », reconnaît Pierre-Antoine. « D’un autre côté, maintenir ce type de lieu c’est aussi un peu acheter la paix sociale. C’est un des rares endroits ouverts pour les quelques pauvres qui sortent encore dans Bordeaux intra-muros. D’ici cinq à quinze ans, ce sera terminé. La vie nocturne sera reléguée sur les quais, aux bassins à flot, en périphérie.» Avant de soupirer : « J’espère avoir tort ».



www.voidvenue.com

www.facebook.com/VoidVenue

Soirée d’inauguration jeudi 14 janvier, de 19h00 à 2h00.

SOUVENIR1

HERETIC-SUSPENSION

SUSPENSION

SOUVENIR2

ALAINJUPPE

Photos (archives perso sauf mention contraire) :
1 – Elisa (le mariage au Zoobizarre, c’est elle) avec Jean Nipon (qui n’a pas été le marié, mais un des trois DJs du mariage, avec Martial de Total Heaven et Nico « The Voice » de Sauvagine/Nova). Je me souviens que mes parents avaient « ouvert le bal » sur Rockaway Beach des Ramones. Car le marié, c’était moi.
2 – Une photo de Janique. Je crois que le groupe c’est les meufs des She Wolves, du garage punk espagnol.
3 – Violence urbaine avec Donald Washington (très remontés ce soir-là).
4 – Carabine (un des mes groupes bordelais préférés – carrière express hélas)
5 – El Maño (chanteur de El Fulgurante), en slip.
6 – Gérôme (Amanda Woodward) peignant le logo de l’Heretic Club quelques heures avant l’ouverture…
7 –  Déjà Mort
8 – La serpillère sur le dance floor. Etat des lieux sortant de l’Heretic Club.
9 – La devanture du Void, avec les illustrateurs Freak City et Duch. Photo publiée par Boubi.
10 et 11 – Suspension avec Pierre-Antoine aux manettes.

NB : Si vous avez une super photo souvenir de cette époque, signalez-vous. Je l’insérerai le cas échéant dans cette note de blog.

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