Court-circuit au Japon

“Le signal est saturé de vie.”
– JB Hanak, Bâtards

En 2022, dans son premier bouquin Sales chiens, JB Hanak avait craché le morceau sur la réalité de la vie en tournée : embrouilles, sauvagerie, souffrance, et au final “le shoot d’une heure sur scène”. Il rempile avec Bâtards, fort d’un astucieux pas de côté : l’action a été déplacée au Japon. Magie de l’exotisme. En sus des galères dont on se doute d’avance (matos volé, cachets envolés), on a droit à une visite de l’underground déroutant d’un pays que l’on connaît bien mal.


Flashback : à la moitié des années 2000, le duo dDamage, sorte de vaisseau en perdition au cœur du champ d’astéroïdes de l’electronica française, se met à bien cartonner dans sa niche grâce à un album concept consacré aux relations difficiles entre un scientifique et un homme-singe. “La presse porte le disque aux nues et nos chiffres de vente frôlent l’indécence”, se souvient l’auteur. Binôme à la ville comme à la scène, dDamage réunit deux frères de sang : JB, le plus jeune, et Fred, l’aîné, qui tous deux paraissent aimer agir dans la vraie vie comme ils le font sous les projecteurs des clubs : en prenant le contrôle de la violence.

Voilà donc dDamage parti conquérir le Japon, armé d’une malle de matos et d’un saucisson, et l’ont suit JB Hanak occupé à ressentir dans les tréfonds de la scène des musiques extrêmes l’objet de sa durable fascination : “la coexistence des harmonies contraires.”

On retrouve avec plaisir Ourko, “admirable chien féérique”, animal de compagnie aussi fidèle qu’imaginaire. Seuls les deux frères sont en capacité de le voir évoluer et de ressentir avec acuité, à chaque instant, sa crainte, sa joie, ou son excitation, quand il tire par exemple un peu trop sur sa laisse.

On retrouve aussi dans Bâtards le procédé d’écriture déjà utilisé dans Sales chiens : la condensation de l’action, sans doute au prix d’une trahison de l’exacte chronologie des faits.


Les nuits blanches s’enchaînent au Pays du soleil levant, cet archipel où les gens sont taiseux et les cabines de douche bavardes. Ce sont comme les tableaux d’un jeu vidéo dément et saturé, où la jauge de vie des persos menace de chuter à vue d’oeil.

“Le système de répression narcotique au Japon est l’un des plus sévères au monde”, comme le rappelle le dealer Mechikuro. Le premier pochon fait pourtant son apparition avant même l’embarquement dans le Tupolev pour Tokyo.

“Je crains tellement de voir mon frère mourir que je trouve refuge dans ma propre destruction”, avoue JB Hanak. J’en ai tourné bien des pages en riant, fébrile, et pourtant j’ai lu ce livre comme une fable tissée de tension et de peur. Car nous sommes tous comme dDamage au Japon : condamnés à traverser le monde, même si nous ne le comprenons pas.

Bâtards, JB Hanak
Le Mot et le Reste
256 pages, 21 €
Sortie le 17 avril 2026


Crédit illustrations :
dDamage à Tokyo : capture d’écran du vidéo clip Ink 808, réalisé par Ra.
Photos live au Japon récupérées au fin fond du feed XML d’un serveur largement abandonné par ses auteurs.
Photo du livre prise par mes soins dans mon salon, avec ce chat porte-bonheur rapporté du Japon par ma cousine.


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