Belly Button 1995-2015 (notes perso)

Comme l’écrit le journal 20 Minutes il y a quelques jours : Quelle meilleure période que l’été, son soleil et ses plages, pour se regarder le nombril ? [ je l’ai lu ici ]

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Portons donc le regard sur le nombril :  « Belly Button » (en anglais), ou « Debeso » (en japonais)… Bon, pas d’énigmes entre nous, je veux juste ici relayer l’info balancée par l’I.Boat aujourd’hui: le duo Belly Button se reforme, en tout cas pour un concert exceptionnel , programmé le samedi 26 septembre 2015. Ce sera dans le cadre du festival Ahoy, série de lives et de soirées clubbing >> événement Facebook ici

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A POIL, VITE 

Belly Button a été un groupe majeur de la fin des années 90, à Bordeaux. Juste une basse (Fred) et une batterie (Franck), et ils défonçaient tout.

J’ai énormément tracé avec eux à l’époque, et je ne pense pas être le seul à me dire que revoir Belly Button en 2015 devrait faire l’effet de prendre un ticket pour un petit retour vers le futur !

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Photo : Belly Button (Fred) en concert à Castelfranc (Lot), il y a pile vingt ans. Je suis stage manager et on me voit dans le coin (à cour, comme on dit) , grunge parmi les grunges.

Belly Button avaient commencé à jouer dans les bars – au DH (ex-Drôle d’Histoire, ex-Bains Douches, rue Camille-Sauvageau) où Fred bossait comme serveur, puis au Jimmy. L’année 95, ils avaient remporté tout ce qui ressemblait à un tremplin (DoRéMi, Printemps de Bourges…) et commençaient à enquiller quelques belles premières parties.

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Photo : Belly Button (Franck) au Jimmy, à Bordeaux.

Comme j’étais à fond dans le circuit underground français de par les fanzines que je publiais, ils m’avaient demandé de m’occuper de leur promo. Je ne me souviens plus exactement comment, mais j’avais fini par m’occuper de leur trouver des concerts puis j’étais devenu leur manager. Dans l’équipe, il y avait aussi un sacré « homme de l’ombre », comme on dit dans les documentaires, un homme-clé, ou, plus précisément, un homme-clé-à-molette : Jéjé, en charge de la logistique, de la mobilité, du café, des nouilles au réchaud sur les aires d’autoroute, des conseils touristiques (« Paris ? Gavé d’expos ») et qui entre deux plans road avec le groupe a réussi à passer son doctorat. C’est donc Dr Jéjé, hein.

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Photo : Un grand classique de l’été 95. Ça, c’est après un concert avec Near Death Experience au Off des Francofolies de La Rochelle, je crois. Bien sûr, une seconde plus tard, on avait tous baissé nos bermudas. C’est ce qu’on voit sur le polaroid de droite, mais bon, on va en rester là. Une partie de ces jeunes gens sont devenus des hommes mariés et respectables à présent.

Interviewé pour un zine, Fred, à la question : « Comment pourriez-vous définir Belly Button en trois mots ?« , avait répondu : « A poil, vite !« … Tout ça pour dire que l’un dans l’autre, on s’est quand même bien marrés. On était jeunes, et comme je l’avais écrit il y a quelques années dans un texte que j’avais intitulé « Traces de rouille » :

Tout cela nous a pas mal occupé à l’époque. Les deux musiciens travaillaient beaucoup: répétitions, composition… Jéjé avait aménagé un super véhicule pour les tournées. De mon côté je passais pas mal au téléphone, à faire des photocopies, à booster la promo, à démarcher les salles et festivals. Et on partait tous ensemble en tournées, c’était vraiment une bonne époque, qui nous a tous profondément marqués je suppose.

Belly Button a sorti deux CD sur Vicious Circle, et pas mal de titres sur des 45 tours, des compils, des splits, etc. Beaucoup de concerts aussi. La stratégie de développement (OK, on n’avait pas le droit d’appeler ça comme ça, à l’époque) c’était : le max de concerts à l’extérieur possible, le max de tournées possibles, avec le max d’échanges et de collaborations.

Personnellement, je trouvais que trop de groupes bordelais tombaient dans le piège du Burdigala Tour, c’est-à-dire des concerts à gogo dans les bars de la ville, mais pas de vraie démarche pour se faire connaître à l’extérieur. A une époque, où, est-il nécessaire de le rappeler, il n’y avait pas d’internet, et donc pas de MySpace, pas de YouTube, pas de blog – on peut vraiment se demander ce qu’on faisait de nos journées ?

Pedro du fanzine Goorgh l’avait écrit en ces termes, en introduction d’une interview : « Après quelques concerts très remarqués à Bordeaux, le groupe décide d’avaler des kilomètres histoire de voir si ça le fait ailleurs »

De fait, Belly Button est allé jouer en Espagne, en Belgique, en République tchèque, en Pologne, en Slovénie, en Hongrie, en Allemagne et bien sûr beaucoup en France.

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Photo : A Brno (République tchèque), de gauche à droite : Guillaume (l’auteur de ces lignes), Jéjé (futur Docteur), Franck (batterie) et Fred (basse), en 1997.

SPLIT DU GROUPE EN 1998

Belly Button s’était séparé après un ultime concert : une participation à l’Electrical Skatin’ Sunday, dans le cadre du Festival du Devenir, à Saint-Quentin en Picardie. C’était du skateboard tout un dimanche et des concerts avec Unlogistic, les Sleeppers, Keneda, Heb Frueman, NRA etc. – et un tout jeune groupe du nom de Uncommonmenfrommars.

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Dans mon fanzine Extra Jazz (numéro double 51/52, fin 1998 – photo scannée ci-dessus), j’avais écrit :

“La mort dans l’âme, on s’était arrachés sans calculer NRA, histoire de rouler et de faire étape au niveau d’Orléans. Snif. Il nous fallait rendre le bahut du côté de Fumel dans le Lot-et-Garonne : on n’avait pas le temps de traînailler. Le concert des Belly sur la petite scène du festival avait été merdique à mon goût car des problèmes techniques avaient sacrément salopé l’affaire. C’est zarb car bien après j’ai eu des échos comme quoi les gonzes avaient justement bien aimé le show, car ces problèmes avaient donné un sentiment de fraîcheur, d’intensité, de précipitation, d’urgence… Nous, ça nous a surtout donné un sentiment de crise. Crise larvée, puis crise ouverte. Très courte, et plutôt bien gérée entre grands garçons. Rapide tour de table. Que les fatigués lèvent le bras. Moi les gars, j’arrête. Je trouve un job ailleurs. Une petite aventure s’arrête. Rue des Vignes, à Bordeaux-St-Michel, devant les poubelles. Gégé arrête de tracer. Plus le temps. Franck souhaite explorer d’autres domaines musicaux, et se consacrer à son label Sonore. Fred se produit seul sous le nom de Fredovitch, homme orchestre disco-punk. Mathieu va partir faire le son des Sleeppers. Ciao bye les amis. On se téléphone et on se fait une bouffe.”

Pour une interview à paraître dans le magazine New Noise, j’ai posé à Franck et Fred cette question : « Votre carrière a été assez fulgurante, de 95 à 98. Pourquoi vous être arrêtés brutalement en pleine ascension ? »

Franck : En duo, avec 200 ou 300 concerts dans les pattes en quatre ans, ça use. On était encore étudiants et je ne me voyais pas faire toute ma “carrière” comme musicien. J’avais besoin d’autre chose. J’avais plein d’envies et de projets à réaliser. J’avais une tendance un peu hyperactive. Je crois aussi que musicalement on avait quelques sérieuses divergences avec Fred à l’époque.

Fred : Il nous arrivait de nous disputer comme un vieux couple… Nous avions un peu le sentiment d’avoir fait le tour, avec des désirs créatifs de plus en plus différents. Quand on a 24 ans, on prend facilement la décision de séparer nos chemins.

LA VIE APRES BELLY BUTTON

Franck s’est alors principalement occupé de son label, Sonore, et de son agence artistique, Jaapan. Il a quitté Bordeaux pour travailler à Tokyo. Il a regagné Paris il y a quelques années. Il y travaille actuellement, comme responsable de la librairie de la Cinémathèque Française.

Fred a aussi quitté Bordeaux, s’installant à Paris (où il s’est investi dans le lancement de La Mécanique Ondulatoire), puis à Berlin où il a monté un bar, Le Cercle Rouge. Après Belly Button, il a notamment joué avec les Hero-X et été recruté comme organiste par King Khan & The Shrines.


Vous êtes partis à Paris, puis Berlin, en ce qui concerne Fred, et carrément au Japon en ce qui concerne Franck. Est-ce à dire que vous en avez eu vraiment marre de la vie bordelaise ?
Franck : Je me sentais à l’étroit dans un environnement un peu trop confortable, avec un risque d’endormissement.
Fred : Quand tu as cette impression de tourner en rond, de voir les mêmes gens, que chacun se refile sa copine, qu’il y a toujours les mêmes gars dans tous les groupes, une bouffée d’air frais s’impose. Paris ne m’a pas plu, alors je suis parti retrouver mes amis et mes bandmates à Berlin.

Au cours de ces presque vingt ans de break, vous est-il arrivé de réécouter vos anciens enregistrements, le soir à la veillée – peut-être même en vous disant : ce passage-là est pas mal du tout, ce morceau sonne encore très bien, etc. ?
Franck : 
Non, jamais. J’étais embarqué dans d’autres styles musicaux avec mon label Sonore, plutôt musiques électroniques expérimentales, assez loin du son Belly Button. Mais en réécoutant récemment, oui : il y a des morceaux que j’aime vraiment, et d’autres qui méritent d’être dépoussiérés.
Fred : En général, c’était pour faire découvrir aux copains :  « tiens je te fais écouter mon ancien groupe ! » … L’audience a été généralement surprise car personne ne savait que je jouais de la basse. Et effectivement, depuis quelques années je redécouvre certains passages qui sont vraiment pas mal, et quand j’ai visionné quelques vidéos de concerts, je me suis dit qu’on était pas si mauvais après tout.

REFORMATION ET CONCERT 2015

Vingt ans après leurs débuts, Fred et Franck, par un heureux hasard, se sont retrouvés réunis à un barbecue organisé par l’infatigable Jéjé, dans la campagne bordelaise, à Bayon-sur-Gironde.

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Un autre heureux hasard a fait qu’un backline complet amplis + batterie + sono soit monté dans le garage. Une ou deux brochettes et trois ou quatre bières plus tard, Fred a branché sa basse et Franck s’est assis derrière les fûts. Toute la bande de copains et de copines se sont pincés pour y croire. Belly Button était reformé. La garden party s’était transformée en machine à remonter le temps.

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Le concert de reformation « officiel » (= avec du vrai public) a donc été programmé à l‘I.Boat, le samedi 26 septembre 2015, dans le cadre du festival Ahoy.

Belly Button y jouera en « tête d’affiche » mais je ne saurais que trop vous recommander à l’heure, car ce sera aussi la « release party » du groupe bordelais Piscine :

Il y aura aussi Goodbye Diana, de Montpellier, et un sacré outsider, Seal Of Quality, de Rouen :

Enfin, pour tous ceux qui prétendent tout le temps que tout est toujours trop cher, le prix du billet est de 10 €, ce qui n’est vraiment pas exagéré. J’espère que ce sera complet.

Quel a été le déclic qui vous a décidé à proposer au public un véritable concert de reformation ?
Franck : C’est peut-être la quarantaine… Réaliser qu’on a un petit trésor endormi, là,  juste au fond de nos mains, au bout de nos doigts, qu’on peut éteindre ou raviver, ce choix ne dépend que de nous. Je suis moins actif sur mon label en ce moment, ce qui me donne envie de recommencer à jouer de la batterie.
Fred : On a recu des messages, des encouragements… Du coup on remet le couvert.

Alors, entre nous, pour Belly Button 2015, il va falloir s’attendre à quoi ?
Fred : La classe, mec! La même chose qu’en 1995, mais en mieux. Vingt ans d’expérience vont sûrement changer la donne, mais on sera plus énergiques et teenagers que jamais !
Franck : La même chose mais en mieux. L’énergie est toujours là, une envie de jouer plus forte que jamais, avec un peu de maturité en plus. Aussi, Fred a quelques nouveaux morceaux en tête et j’ai prévu d’aller le retrouver à Berlin dans quelques semaines pour mettre tout ça en place avant le concert !

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Pour plus d’infos : Belly Button sont sur Tumblr (site complet avec bio, audio, etc.), sur Facebook, sur Twitter et sur Instagram.

Visiblement, ils sont aussi sur Le Bon Coin :

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