Motocultor : carte postale pro

«  Nous sommes heureux de revenir en France et de manger du bon fromage  »
Grave

A peine étais-je arrivé au Motocultor qu’un festivalier excité m’a dit  : «  J’ai vu Barabas et Bölzer  ! Si tu veux, je t’accompagne pour aller voir Grave puis Gruesome. Puis je vais aller voir Khors, puis Naheulband.  » Oh purée. J’ai alors compris, comme dans un roman d’Umberto Eco  : B-B-G-G-K-N. Par ordre alphabétique ! Les groupes ont été programmés par ordre alphabétique  ! Le scénario de rêve pour un chroniqueur professionnel.

Bon, non, en fait, ce fut une hallucination de ma part, un espoir déçu, à mettre sur le compte de la chaleur qui m’avait accablé pendant le bouchon Nantes-Vannes et la générosité dans les tournées de cidre local en apéritif.

J’ai écrit trois compte-rendus de ces trois jours de festival :

>> pour Noisey (VICE France) :  (Cornes, capuches et crocodiles  : un week-end au Motocultor) comme le passage à la nouvelle présentation a foutu la zone chez Noisey, vous retrouverez cet article juste ci-dessous

>> dans le numéro de rentrée du magazine Noise (okay, je le scannerai à l’occase)

>> en anglais pour Terrorizer. Je l’ai mis ici :  Motocultorrorized!

CORNES, CAPUCHES ET CROCODILES
Article initialement publié par Noisey (VICE France)

CAMPING - Instagram Motocultorfest

Soixante-six artistes à l’affiche, dont pas moins de 4,54% ayant déjà fait la couverture de Noise Magazine dans tous les kiosques de France. Si vous cherchez de bonnes raisons de fréquenter le Motocultor Festiva(Morbihan), en voilà déjà une. Raison numéro 2 : une sous-représentation remarquable de cette branche fatigante de la grande famille hard-rock qualifiée de «  métal symphonique  », ou «  sympho  ».

TOILETTES SECHES - GANDOUSIERS

De toute façon, comme il vous l’est rappelé sur le site quand, repus de galettes complètes et de cidre, vous allez poser vos fesses sur un trou plein de sciure : «  les excréments ne sont pas des déchets mais une ressource  ».  Sage postulat que l’industrie de la musique connaît déjà par coeur, ayant depuis belle lurette opté pour le terme «  groupes en devenir  » pour qualifier les groupes de merde.

HOUX DE LA FORTUNE

A peine arrivé à Saint-Nolff, près de Vannes, nous sommes alpagués par un membre de la Turbojugend voisine, la Arsemorica Flugenheimer, qui curieusement porte le nom  d’un Allemand : l’inventeur du godemichet rotatif motorisé. Tout de go, nous sommes interrogés   :  «  Mais savez-vous donc comment le Motocultor a été créé  ?  »

Réponse :  il y a dix ans, «  Motocultor  » était le nom d’un groupe local, baptisé ironiquement en «  – or  » dans la grande tradition des défricheurs nationaux Aggressive Agricultor. Le groupe Motocultor reprenait des génériques de dessins animés et des tubes de Village People ou de Boney M en version thrash metal. Un trip musicalement agressif et intellectuellement régressif, grand classique de l’humour de hardos. Toujours est-il qu’un des membres du groupe, participant au jeu télévisé La Roue De La Fortune, s’est vu remettre un bon paquet de fric par Christophe Dechavanne. «  Qu’allez-vous en faire  », lui demanda l’animateur   ? «  Eh bien je vais organiser un festival de métal avec mes potes, dans la forêt, à Saint-Nolff, au lieu-dit Kerboulard  » répondit le chanceux ménestrel. Chèques encaissés. Parole tenue.

KERBOULARD - Instagram Motocultorfest

VILLAGE GAULOIS

Le site de Kerboulard attire à présent une foule de 6500 spectateurs par jour venus voir les 66 groupes à l’affiche, l’avant-dernier week-end du mois d’août, à Saint-Nolff, petit bourg dont on sait, grâce à la collection pointue de maillots de Max Cavalera de Soulfly, qu’on y compte au moins une équipe de football. Allez l’AO Saint-Nolff !

MAX CAVALERA - Instagram Motocultorfest.png

Saint-Nolff est situé à un peu moins de deux heures de route de Clisson, fameux fief du fier Hellfest, festival patron du genre. De fait, le Motocultor peut tout à fait être décrit comme un petit Hellfest : moins exubérant, moins cher, moins surpeuplé, et, surtout, plus breton.

SENTINELLE FEST

SENTINELLE

Sous la protection rapprochée des soldats de l’opération Sentinelle en patrouille continue, on voit déferler toute la population traditionnelle – et fort hétéroclite –  de ce genre de meeting. Genre des mecs avec des cornes géantes en guise de sac à dos, des sortes d’ex-punks crust portant sur la visière de leur casquette les dents qu’ils n’ont plus dans la bouche, des chauves aux cheveux longs (comment un tel miracle est-il possible ? C’est un secret d’abbaye bien gardé), divers festivaliers ensanglantés dont on se demande s’ils se sont hyper bien maquillés ou s’ils se juste déjà cassé la gueule dans du fil de fer barbelé en essayant d’aller chier derrière une haie, ou des meufs de la trempe de cette digital native ne boudant pas la compagnie de quadragénaires bien bâtis, et, elle aussi visiblement équipée d’une corne :

Cette Meuf de Facebook

COUVRE-TOI BIEN, MON CHERI

Voilà au moins trois groupes à l’affiche qui n’avaient pas l’air trop tracassés par la polémique sur le burkini qui déchire notre pays : Khors (Ukraine), Mayhem (Norvège),
et surtout Batushka (Pologne) :

BATUSHKA guitar - Instagram Motocultorfest

GROS LABOURAGE EN PROFONDEUR

Du death metal diffusé à fort volume dans les champs, cela cause un gros stress chez les taupes, mais cela est bon pour remuer la terre. On raconte que sous l’effet des vibrations extrêmes, des cadavres sont naturellement exhumés. D’anciennes affaires criminelles jusqu’alors inexpliquées remontent à la surface. Des preuves surgissent enfin. Dûment accrédités, des inspecteurs viennent en masse depuis les commissariats de Quimperlé, de Lorient, de Hennebont et même de Concarneau.

 

Sur la champêtre scène baptisée « Supositor » (cf. la notion d’ « humour de hardos » citée plus haut) se produisent des groupes aussi mortels que Goatwhore, Entombed AD, Dying Fetus, les pionniers du thrash/death français Agressor, ou encore Gruesome, le « super-groupe » monté de toute pièce pour rendre hommage au style du groupe Death. Une tuerie. JC Satàn, invités au débotté, garent leur van dans un chemin boueux et déclarent « Mais qu’est-ce qu’on vient foutre là  ?  » …

JC SATAN 1

LG Petrov, le chanteur d’Entombed AD, est toujours aussi bonnard dans son rôle de grand tonton du death metal blagueur et un peu bourré. Il confisque un crocodile en plastique à un slammeur déluré. La pauvre bête sera retrouvée bien plus tard dans la nuit, inerte et dégonflée, pendue par le cou à une poutre du bar VIP réservé aux artistes.

crocodile-3

Un nombre notable de groupes exercent dans une veine plutot « post-metal/post-hardcore », tels Neurosis (dantesques), Amenra ou Cult Of Luna, apport non négligeable en variation d’ambiances et en subtilité. Même si le public est, disons le encore, plutôt « hardos » et que, par exemple, quand Amenra interprète une partie « subtile » de percussions froides et métalliques, un jeune homme se tourne vers sa petite amie, et lui déclare avec placidité : «  On dirait le bruit de mes couilles sur ton front  ».

Le festival a été conclu par Ministry porté par un Al Jourgensen en pleine forme – ce qui n’est pas toujours garanti sur facture. Enorme succès et tonnerre d’applaudissement pendant « Just One Fix », mais nous sommes dans un village breton, rappelons-le,  et la plupart des Gaulois ici réunis avaient compris que la chanson était intitulée « Just One Idéfix », par Toutatis !

QUELQUES WTF NOTABLES

Fleshgod Apocalypse 
Passant devant ces Romains, je me dis « qu’est-ce que c’est que ce bordel  ? ».  Aux instruments : trois clones de Francis Lalanne avec cuissardes, chemises et gabardines. Et un sosie de Nosferatu au piano (enfin vu le volume dans le mix, il jouerait au démineur sur un PC, le résultat final serait sensiblement le même). Et enfin, loup de carnaval vénitien sur les yeux et brandissant un haut sceptre mi-légion romaine mi-enseigne de pharmacie, une chanteuse d’opéra à qui l’on attribue d’office le prix Walkyrie 2016. Du death metal symphonique et technique. De l’opéra comice agricole : ils sont fous ces Romains.

Dalriada

Dalriada font du folk metal magyar. Ils sont arrivés très à la bourre, et ont joué au tout dernier moment sur une scène laissée libre. J’ai adoré assister à leur soundcheck. Ils étaient hyper speed et ce fut un ballet express fait d’instructions en hongrois, de basse six cordes, de bottes de cuir, de peaux de bêtes, de bracelets de force, de laptop, de synthé Yamaha dégueu et de flûte à bec. C’était parfait. Le concert à proprement parler, en revanche, a été beaucoup plus dur à supporter, y compris pour certains festivaliers qui se mirent à danser en rond tout en chantant « y’a du soleil et des nanas da-da-Dalriada / on va s’en fourrer juste là da-da-Dalriada / pousse la banane et mous l’kawa da-da-Dalriada ».

Testament

Les barons de la Bay Area n’ont absolument pas démérité, en conclusion d’une journée d’ailleurs fort riche en thrash –  avec Vektor et Lost Society au taquet. Non, le problème est le demi-pied de micro qu’utilise Chuck Billy. Demi-pied de micro dont il se sert d’ailleurs quasiment non-stop comme petit manche à balai pour mouliner à qui mieux-mieux façon « air guitar ». Tss. Un demi-pied de micro… Imagine-t-on un cycliste professionnel se présenter au départ du Tour de France avec juste un guidon et un tube de selle ?

REVELATION

Puisqu’il en faut une, ce sera Batushka. La révélation de ce week-end agreste. La musique parfaite pour fomenter les mauvais coups  : larcins, empoisonnements, pyromanie et toute forme de basses manoeuvres. Avec cloches, encens, chasubles, goupillon et choeur de moines plus gothiques et sépulcraux encore que dans l’oeuvre de Matthew Gregory Lewis . Bref, la déclinaison façon black metal des outils utilisés par l’Eglise depuis Saint Paul pour accomplir son projet  : tout à la fois séduire le peuple, et l’effrayer.

KENAVO, A TANTOOU, SEE YOU

Si vous appréciez la musique inhumaine à échelle humaine, le Motocultor est fait pour vous. L’endroit est agréable, et vous y trouverez toujours une âme charitable pour tenir votre gobelet d’hypocras au moment où vous aurez besoin de vous éclipser pour vous soulager dans la sciure.

Le classement des Attractions Françaises Pour Fans De Métal est donc actualisé comme suit :

1 – Hellfest Festival (Pays de la Loire)

2 – Motocultor Festival (Bretagne)

3 – Tour Eiffel (Ile-de-France) – 7300 tonnes de fer, tout de même.

Guillaume Gwardeath a une masse de 0,075 tonne. Il est sur Twitter.

Top 5 (à 7) express 

:

Vendredi 19 août

 :
Entombed AD
J.C Satàn
Grave
Gruesome
Cidre blanc

Samedi 20 août :
Valient Thorr
Goatwhore
Jello Biafra
Infest
Agressor

Dimanche 21 août

 :
Lost Society
Ministry
Testament
Batushka
Bongzilla
Vektor
Conan

Meilleure chanson live décrivant les conditions du camping :
Soulfly, avec « Roots Bloody Roots »

Bonus photo :
Guillaume Gwardeath, envoyé spécial dans le Morbihan, avec Pauline, cheftaine scout du pit aux photographes. Photo par Ronan Thenadey, merci  ❤ !
RONAN THENAADEY GW PAULINE

Bonus vidéo :
Matez ça les enfants. Je pensais que ça allait être juste un énième montage soporifique de videowebzineux à boutons. Mais non. C’est fun et swag (on m’y voit à 5:38, de dos, en train de noter la citation de Grave qui figure en exergue de ce post, la boucle est bouclée) :

Site officiel :
www.motocultor-festival.com

Et si vous aimez le metal, le cidre blanc et l’ordre alphabétique, vous trouverez encore plus de news en suivant mes réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram et Pinterest !

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