C’est pas d’la soupe, c’est du Lysistrata

Ils ont tourné leur vidéo là où j’aurais conseillé à tout band de cette trempe de le faire à Bordeaux : au CAPC.

Ils s’en sont bien sortis, non pas en allant se perdre dans les dimensions piranésiennes de la grande nef mais en restant intelligemment cantonnés dans une des galeries latérales.

Comme toujours avec le groupe de Saintes, le morceau est enregistré live. What you see is what you get, comme on dit dans le métier.

Ils sortent un EP le 30 mai,  dont le titre « Pierre feuille ciseaux » est le premier morceau.

Lysistrata sont lauréats du prix Ricard, mais ils ont tout l’air de ne pas être venus pour sucer les glaçons.

 

 

Bonus bio Lysistrata, par Guillaume Gwardeath :

«  On voulait juste faire du live  !  » – Lysistrata

On ne va pas y aller par quatre chemins  : le mot clé, c’est le mot LIVE .

Ce live, puissant et hypnotique, qui scotche les spectateurs qui voient LYSISTRATA pour la première fois. Qui encaissent la décharge physique qu’engendre cette fusion fraîche d’influences noise, prog, math-rock, indie pop, post-rock, post-hardcore, post-punk ou encore spoken word. Et qui ressortent littéralement éberlués par les capacités de garçons aussi jeunes (moyenne d’âge, allez, à la louche  : 19 ans).

Les compos stop and go de LYSISTRATA mettent notre cardio à dure épreuve. Le piège , quand on va dans toutes les directions, ce serait d’arriver nulle part. LYSISTRATA, tout au contraire, réalise, avec maestria, la synthèse aboutie de toute une niche de la culture musicale alternative de ces quinze ou vingt dernières années.

Flashback  : il y a eu une vie avant Lysistrata. A Saintes, petite ville de Charente Maritime, entre le vignoble de Cognac et l’embarquement pour l’île d’Oléron. Encore ados, Max, Ben et Théo ont fait leurs premiers pas comme musiciens d’un groupe qui n’était pas le leur. Au service – si ce n’est sous la férule – d’un mec du double de leur âge englué dans un projet punk psychobilly qui ne voyait jamais le jour. Les kids sont frustrés. Ils ne veulent pas répéter ad vitam aeternam. Ils veulent jouer devant des gens  ! Pour crever l’abcès, les trois amis s’émancipent du gourou. Bien leur en a pris.
Ils s’inscrivent illico pour participer à un barathon dans leur ville. Ils leur faut un nom. Vite, ils empruntent Lysistrata à l’oeuvre d’Aristophane – l’histoire d’une femme qui invente l’idée d’une grève du sexe pour obliger les hommes à cesser de partir pour la guerre, un classique du théâtre grec antique.

A peine deux ou trois répets et c’était parti pour l’épreuve du feu. Enfin, le live  ! La dynamique est dès lors enclenchée, pour le meilleur. Ils se produisent partout où c’est possible dans les environs. Ils s’exportent au nord, direction la Bretagne. Ça se passe bien. Il s’exportent au sud, direction Bordeaux. Ça se passe bien. Ils cumulent les dates, par dizaines, restituant le résultat de leurs répets et complétant leurs compos de jams bien senties. On leur propose un plan  ? Ils acceptent. Stakhanovistes du concert, ils montent des tournées en Italie et en Espagne… et commencent sérieusement à démontrer qu’il ne sont pas un groupe comme un autre. lls n’en sont pas alors forcément conscients mais leur potentiel est énorme. Ils n’avaient pas de but en tête quand ils se sont lancés. Pas de plan marketing. «  On voulait juste faire du live  !  », rappelle Max.  Eh bien le succès les a juste rattrapés.

Bonus non négligeable  : le vocaliste principal du trio, le batteur Ben, prononce la langue anglaise sans maladresse. Et pour cause, c’est la langue qu’il parle à la maison – ses parents sont des Anglais installés à Saintes. Un élément de plus en faveur de la profonde authenticité du groupe.

 

SAINTES

 

«  Formés sur le territoire, ils incarnent l’esprit rock saintais  », publie l’édition locale du journal Sud-Ouest. Les nouveaux ambassadeurs rock de la ville jouent au Printemps de Bourges en off, en 2016, et se font repérer par les dénicheurs de talent frais à l’oeil et aux oreilles bien affûtés. Ils se retrouvent programmés aux Transmusicales en décembre 2016. Ils rentrent à Rennes avec le statut d’inconnus au bataillon, ils en repartent classés au nombre des révélations de cette édition. 

Fin janvier 2017, les voilà lauréats du prix Ricard Live, au Café de la Danse, à Paris. Vainqueurs de la centaine de candidats pré-sélectionnés et de 9 autres finalistes. 

Dans la foulée, Lysistrata sont sélectionnés pour se produire dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges 2017.

 Logiquement intégrés à la tournée Ricard S.A Live Music, ils héritent du privilège – et du challenge – d’assurer la première partie de Mai Lan et Møme, dans de belles salles toutes remplies d’un public plus généraliste que celui des clubs et des festivals indé.

Autre défi pour le groupe  : retranscrire sur disque l’énergie live qui caractérise leurs performances. Ils mettent en boîte un EP avec Romain Della Valle, le guitariste de Stuck in The Sound, dans le rôle du producteur – le groupe l’avait rencontré lors du tournage de l’incroyable session de «  Sugar & Anxiety  », la vidéo filmée à Saintes dans un ancien hôpital désaffecté et qui leur avait permis de remporter le précieux Prix Ricard Live.

Secret de fabrication pour le disque  : au cours de l’enregistrement, dans le studio des Stuck In the Sound, les prises ont été faites…  live – comme il se doit  !

 

 

Encore plus singulier, le groupe est allé enregistrer deux titres – toujours en live, on l’aura compris – dans des lieux pour le moins atypiques  pour un tel usage  : dans une des galeries bordant l’immense nef du CAPC, le musée d’art contemporain de Bordeaux, et dans une allée d’un entrepôt de la société Ricard en banlieue parisienne, au beau milieu d’un labyrinthe de palettes. 

Ces sessions d’enregistrement live ont été filmées, les vidéos restituant le plus fidèlement possible la puissance et l’énergie tout terrain du groupe.

Une fois l’enregistrement et le mixage achevés, le disque a été masterisé à New York par Alan Douches, ingénieur du son déjà responsable du matriçage d’albums de Converge ou d’Animal Collective. 

Et puisqu’on a commencé à citer des noms influents, une question se pose : comment, si jeunes, les membres de LYSISTRATA ont-ils pu acquérir et restituer habilement autant de références musicales pertinentes  ? On les sent profondément imprégnés de culture indie 90’s. Fugazi, par exemple, semble être un des groupes à les avoir le plus marqués. Peut-être pas formellement, mais pour l’intensité toujours constante et le renouvellement des idées. 

Pour lancer une conversation avec eux, nul doute qu’on pourra aisément briser la glace en leur demandant s’ils ont par ailleurs aimé Radiohead, mais aussi Sonic Youth, Slint, Don Caballero, At The Drive-In, Refused, Battles, Pelican… et bien entendu des groupes plus modernes comme La Dispute ou Russian Circles. Ou encore cette nouvelle scène française post-hardcore aux noms alambiqués et à la créativité stimulante à laquelle on peut les rattacher  : Pneu, Papier Tigre, Electric Electric et consorts.

 De cette mouvance, ils possèdent l’éthique et un attachement à la démarche DIY, cette volonté d’autonomie et de contrôle descendue en droite ligne des aînés punk et hardcore.

L’histoire de LYSISTRATA est donc celle d’un groupe enraciné dans la culture alternative et DIY, et dont tout laisse à pense qu’il possède à présent tous les atouts en main pour exploser auprès d’un large public.

Formation  :

Max  : basse
Ben  : batterie / chant
Théo  : guitare

EP «  Pale Blue Skin  » :
Sortie le 30 mai 2017.
Pierre feuille ciseaux
Pantalonpantacourt
Small Box
Sugar & Anxiety

Liens officiels :
Lysistrata sur Facebook
Lysistrata sur Ricard SA Live Music

 

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