Dernier trimestre 2018. Playlist et petites histoires.

« N’ayez crainte lecteurs débiles, il y aura toujours 80% de Vénusiennes vertes et dénudées qui remontent négligemment leur jarretière d’acier tandis que le monstre pustuleux derrière le rocher guette, les yeux rouges. »
J.P. Dionnet, édito Métal Hurlant n°25, janvier 1978

La dernière playlist chaude remonte au mois de septembre. Pas de problème : voici ma playlist du dernier trimestre 2018, pour finir l’année. Postée à quelques heures de 2019, tant qu’à faire.

Ça n’a sans doute pas la rigueur d’un robot de Spotify, mais si j’en crois le tas de skeuds encore posé au pied du meuble qui me sert de burlingue, voici les trucs que j’ai le plus fait tourner sur ma platine depuis octobre :

Format 12 » :

Youth Avoiders – Relentless
Bleakness – Frozen Refuge
Short Days – s/t
Vegan Piranha – Last Scream Of Youth
The Devil Makes Three – Chains Are Broken
Ed Warner – Meanwhile… Exctinction*

et le LP de Klaus Nomi, celui avec The Cold Song –  j’avais dû le sortir puis oublié de le ranger.

Format 7 » :

Veto
Syndrome 81
Short Days
Marée Noire
Youth Avoiders
Conquest For Death (il est bien remonté au sommet de la pile celui-là, il commence à bien dater)

* ouais, je sais c’est « Extinction », mais il y a une histoire derrière cette orthographe : je vous la raconterai dans un tout prochain épisode de podcast. Et aussi sur la photo tout en haut, c’est moi avec Ed Warner dans leur tour van, la classe, t’as vu ?


Contis Plage

J’ai toujours bien aimé Odezenne, depuis leurs premiers concerts dans un rade hallucinant de Bordeaux qui s’appelait L’Inca. Je pense que j’ai organisé leur premier concert dans une « salle de concert » – le club de la Rock School Barbey, avec 0800, et Le Pingouin, avec des mecs que l’on retrouve maintenant dans Petit Fantôme ou JC Satàn, par exemple. Si ça te passionne, camarade, j’en parle ici au comptoir avec Alix. Ouais, donc, Odezenne étaient dans une baraque à Contis, sur la côte landaise, et ils ont « improvisé » un « house show » en affrétant deux bus de fans depuis la place des Quinconces. J’aime bien ce genre d’idée. C’est ce que documente la vidéo ci-dessous. J’aime bien le passage où ils vont prévenir les voisins de leur sauterie de la soirée. Surtout le voisin qui avait vu un drone survoler son jardin un beau jour d’été que sa femme s’y faisait bronzer à poil, et qu’il avait sorti son fusil pour exploser le drone. Ça fait plaisir aussi de voir La Fouine au son. Il faisait partie des mecs qui tournaient à la console à l’époque des concerts au Jimmy.


Cinq épisodes de podcast qui m’ont tenu en haleine :

C’est très « vieille France » de le dire comme cela, mais voilà : un homme livre 33% de lui-même à son curé, 33% à son notaire, 33% à son médecin, et il reste 1% qui demeure en lui, c’est le secret qu’il porte.


https://player.pippa.io/5be30d6da29f895f2351efa2/episodes/les-moutons-se-sont-pendus-episode-1?theme=default&cover=1&latest=1
 

Deux livres que j’ai adoré lire :

Art & Arcanes, 450 pages quasi. En couverture le fameux dessin de Larry Elmore pour la boîte des règles de base AD&D dite « rouge ». C’est du lourd. A ranger avec les bons gros bouquins avec lesquels on pourrait carrément faire un peu de muscu tous les matins.
Art & Arcanes.png
Le sujet : une histoire visuelle de Donjons&Dragons. Je me suis régalé à lire ça. J’avais été hospitalisé au printemps 1982 et ma mère m’avait acheté un exemplaire de la revue Jeux & Stratégie pour que je puisse lire dans ma piaule après mon opération – elle pensait que j’allais surtout me jeter sur les problèmes de Scrabble, d’échecs ou de backgammon. Mais c’est aux jeux de l’imaginaire que je suis devenu accro – d’abord fasciné par les jeux de plateaux puis par les wargames (j’étais quand même un peu petit, mais bon, ça l’avait fait). Quatre numéros plus tard, Jeux & Stratégie sortait un numéro avec Donjons & Dragons en couverture !

Art & Arcanes est sorti en novembre dernier. Pour un mec de ma génération et avec mon background, c’est une madeleine de Proust de la taille d’un moellon.

>> site web éditeur Huginn & Muninn

NOFX – The Hepatitis Bathtub and other stories

Il en existe depuis une traduction en français publiée par Et mon cul c’est du tofu ? …

Eric Melvin_Mon Cul Tofu.jpg

… mais – attention : flashback – j’ avais commandé cette bio parue aux USA chez Da Capo Press. J’en avais abandonné la lecture quand ma meuf est morte, et je me rends compte qu’il m’aura fallu plus d’un an avant de pouvoir reprendre le book en main. La petite histoire derrière tout ça, c’est que Lucie et moi nous étions rencontrés à la faveur d’un concert de NOFX. Ça avait été une étrange et très marquante soirée. Bien plus tard, Lucie m’avait dit qu’en fait elle n’avait jamais vraiment maté l’intégralité des épisodes de la série de NOFX Backstage Passport. Juste négligemment, sur YouTube, en pensant à autre chose et en envoyant des SMS. Totalement contraire à l’éthique d’un conservateur comme moi. J’avais donc organisé des séances de rattrapage dans le salon, avec le DVD, sur un lecteur DVD branché à un écran de télévision, les sous-titres en anglais, et le temps nécessaire pour faire des pauses et expliquer ou commenter les passages un peu obscurs (no passage is too obscure). Avec sa voix de canard et son air mi-reconnaissant mi-je me fous de ta gueule vieux débile, Lucie m’avait envoyé un craquant : « merci de me laisser regarder NOFX à la télévision » ! C’était devenu un running gag entre nous. Si je lui apportais une bière, si je lui pressais une orange, si je l’invitais pour un burger, un concert ou une glace, si je l’accompagnais pour un entraînement de semi-marathon ou une session de planche, et si ça se trouve même après avoir baisé comme des lapins, elle me sortait systématiquement : « merci de me laisser regarder NOFX à la télévision »  ! Chelou mais marrant. OK, comme elle n’était pas hyper à l’aise en anglais, j’avais commencé à lire cette bio de NOFX et entrepris de lui faire un résumé, ou de lui raconter des passages, pour partager en bons complices ces anecdotes hilarantes ou terrifiantes de la story de NOFX. Lucie s’est faite mordre par le Hideux Serpent de la Mort après quelques chapitres, et pendant de longs mois un sang glacé et métallique a coulé dans mes veines et quand bien même je voyais le bouquin tous les jours posé pas trop loin de mon pieu, je n’avais pas le courage de le reprendre pour moi seul. Mais comme nous le savons, tout arrive. Au bon moment, j’ai repris le livre et j’ai enfin terminé cette bio. Du moment où j’ai repris la lecture, je lui ai quasiment consacré tout mon temps libre, jusqu’à la dernière page, passant aux cabinets plus de temps que nécessaire, pour être sûr d’avoir la paix. J’ai adoré cette lecture. Le name dropping est impressionnant, les cadavres s’y empilent comme dans le pire des polars noirs, et on ne saurait être plongé plus près – au risque d’une hépatite, au minimum – dans le quotidien des membres du groupe NOFX, un groupe que l’on découvre ou redécouvre conscient de constituer une anomalie dysfonctionnelle dans le bizness de la musique, et toujours animé d’une relation sincère à ses fans. Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ce Bathtub. On y rit et on pleure, à la manière de ces deux masques qui symbolisent les arts de la scène. Quand on matait Backstage Passport, je disais, sentencieux : « attention, c’est scénarisé, c’est monté, la réalité doit avoir été bien différente de ce qu’on veut bien nous faire voir ». Update : aussi hallucinant cela puisse-t-il être, aucun doute que le contenu de ce livre est authentique. Je pense à présent que la série TV Backstage Passport est authentique aussi, y compris quand ces irréductibles chercheurs de merde de NOFX ont pris du Dragon Vert à Singapour.


Concerts

J’en oublie, mais j’ai vu pas mal de bands dont on cause dans les réseaux au cours du dernier trimestre, comme Viagra Boys, Bad Breeding, les Hot Snakes, The KVB, etc. mais je crois que j’ai préféré mes classiques : Obituary, Slayer, Napalm Death, Suicidal Tendencies, NOFX, Sick Of It All, Dag Nasty et aussi les Melvins, même si le mix manquait de guitare.

J’ai aussi apprécié en concert de super groupes français, comme Sueurs Froides, qui à mon avis font le meilleur équilibre entre punk hardcore et garage power pop rock, et aussi Ed Warner, Youth Avoiders, Vegan Piranha, Verbal Razors, Chocolat Billy, JC Satàn, Lion’s Law, The Irradiates, La Flingue, Bleakness, etc. J’ai bien aimé revoir Les $heriff, fidèles à eux-mêmes, mais j’ai été hélas plutôt déçu par Les Rats, assez rincés. J’ai été ému de voir les Burning Heads pour leur dernier concert avec Pierre à la guitare et au chant.

Mike Muir VS Gwardeath - Pierre Wetzel.jpgPhoto : Mike Muir VS Gwardeath, photographies au collodion humide sur plaques de verre par Pierre Wetzel. 

Contrairement aux apparences, je ne suis pas du tout « l’ami des stars » en quête d’un autographe, mais j’ai eu un moment d’arrêt dans les loges d’un festival où Shawn Brown de Dag Nasty m’avait offert un café et surtout présenté au batteur Colin Sears, pour que je puisse l’interviewer dans le cadre de la biographie du groupe Burning Heads que je suis en train d’écrire – leurs vies s’étaient croisées à l’occasion d’un concert et d’un split EP avec The Marshes. Dans la petite pièce, il y avait Brian Baker, qui joue aussi dans Bad Religion, OK, mais qui était surtout membre de Minor Threat, un des groupes que je cite systématiquement au nombre de ceux qui m’ont le plus marqué dans mon rapport à la musique, aux côtés notamment de Suicidal Tendencies et de Slayer. En train de passer près de la cafetière, il y avait Mike Muir de Suicidal. Et mon regard a croisé celui de Dave Lombardo, le batteur historique de Slayer, qui m’avait reconnu parce que j’avais traîné la veille avec une partie du crew sur un autre date. C’est comme si dans la même pièce s’étaient incarnés trois membres des groupes dont j’avais les images punaisées dans ma piaule d’ado. Ça m’a fait marrer.

En faisant un aller-retour jusqu’à ma piaule, je suis tombé sur Fat Mike de NOFX. Crête au vent, en bermuda et rangers, assis sur les marches de l’hôtel. La tête dans les mains, avec cet air d’entertainer songeur qu’on le voit avoir parfois sur des vidéos. Coïncidence totale, j’étais en train de penser à ce que je racontais plus haut, à ce concert de NOFX au cours duquel j’avais rencontré ma meuf, et j’étais un peu triste à l’idée de me dire que si le wagon dans lequel elle avait dévalé la vie n’avait pas pris un mauvais aiguillage, on aurait pu aller ensemble voir ce show de NOFX. Le regard de Fat Mike a accroché le mien. L’espace d’une seconde ou deux, il a du se dire : ok, ce mec va au concert, mais maintenant il va me casser les couilles, vouloir me serrer la main et me demander de faire le singe le temps d’un putain de selfie. J’ai continué à marcher, saluant Fat Mike au passage d’un simple hochement de tête et d’un petit « hey » dont l’intonation avait pour intention de signifier : « pas de problème,mec, je sais ce que tu ressens : on est entre professionnels ».


Gwardeath VS Delphine.jpgPhoto : dos à dos avec Delphine Gabet, dans le salon de l’hôtel, pour un festival de punk. Delphine est photographe et elle vient de signer la couverture du reboot 2018 du magazine Punk Rawk.


A très vite pour un retour à des playlists mensuelles avec à chaque fois juste 5 ou 6 nouveaux skeuds (environ) qui défoncent, et quelques bons books.

Restez cools. A + dans les bons endroits.

Guillaume Gwardeath

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